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Mémoire

Yom Ha Shoah – Discours de Philippe Pradal, le 24 avril 2017

6 millions.

Des hommes, des femmes.

Des enfants, des garçons et des filles que l'on imagine, comme tous les enfants de leur âge, faits pour sauter

A pieds joints,

En riant.

Dans les flaques d'eau qui émaillent ces paysages que l'on imagine éternellement pluvieux de Prusse ou de Pologne…

Mais des enfants, des filles et des garçons, que l'on a poussés dans des wagons ou à pied sur les routes, puis vers les chambres à gaz et les fours crématoires. Des vieillards, des femmes enceintes aussi.

Toute une humanité.

Toute l'humanité… réduite à quelques ossements, de la fumée, quelques guenilles et des montagnes de chaussures, quelques savonnettes et autre abat-jours aussi car l'horreur et la barbarie n'ont eu, en ces lieux et alors, aucune limite.

Folie des hommes se sont presque rassurés certains. Mais n'était-ce pas bien plus, bien autre chose en tout cas, que de la folie ? Etaient-ils, vraiment, des hommes ?

6 millions.

Et quelques revenants.

Et 72 ans après la libération des camps. Le besoin intact, peut-être même encore plus fort chaque année, de célébrer le souvenir.

Le souvenir de ce dont l'homme est capable, de ce à quoi peut mener la folie et la haine morbide de quelques-uns avec la complicité de beaucoup d'autres.

Le souvenir de ces enfants qui n'ont eu le temps de s'en construire que d'horribles.

Le souvenir de ses vieillards, menés à l'abattoir gazier sans avoir eu le temps de raconter tous les leurs.

L'image des ces enfants, de ces femmes enceintes sur lesquels Mengele et ses acolytes se sont livrés aux atrocités les plus indicibles.

Le souvenir de l'horreur absolue dont on se dit que le mieux aurait, peut-être, été de la gommer de nos mémoires si chacun, en ce décidemment très bas monde, en avait accepté l'évident constat. Mais le malheur, dans lequel l'humanité semble inexorablement tracer le sillon de son histoire, veut que certains êtres, parait-il humains, ne se lassent d'essayer de nier. Ils ne sont pas loin de nous, d'ailleurs, ceux qui, parfois, camouflent leur absolue ignominie sous un patronyme qui évoque la plus emblématique des fleurs de notre contrée.

Yom Ha Shoah… Et même s'il n'y avait eu qu'une seule victime.

Je pense, parce que je pense sans cesse à cette image depuis le jour où j'en ai eu connaissance, à cette jeune mère, massacrée à coup de pieds devant un public impassible et son fils criant « Maman, maman, maman ! » par un policier français, digne supplétif, dont il faut cesser de nier qu'ils furent nombreux, trop nombreux de la camarilla nazie.

Le 16 juillet 1995, le Président Chirac, enfin, reconnaissait la responsabilité de la France dans la déportation vers l'Allemagne des français de confession juive. Cette reconnaissance, sil elle fut saluée par le plus grand nombre, troubla, on s'en souvient, les plus fervents gaullistes car elle contrevenait à leur doctrine sur l'illégitimité du gouvernement de Vichy qui ne pouvait être considéré comme « La France ». Une candidate à l'élection présidentielle a d'ailleurs jugé opportun de se faire, il y a peu, l'écho dans le temps de cette vue de l'esprit. En adoptant cette posture aujourd'hui dépassée, on ne s'étonnera pas, en tout cas, qu'elle ait rejoint dans une certaine forme de négationnisme historique, par exemple, des autorités turques qui, qu'elles fussent de tendance kémaliste ou erdoganistes, s'évertuent à nier le premier génocide du XXème siècle, celui dont furent victimes les arméniens et dont célébrions le 102 ème anniversaire ce matin même.

Je vais vous livrer le fond de ma pensée. Bien entendu, à mon âge, j'ai déjà souvent eu l'occasion de l'exprimer, voire d'en débattre, mais je tiens à l'assumer, en ce jour de Yom Ha Shoah, en ma qualité nouvelle de maire de Nice.

Que la déportation ait été permise, sollicitée parfois, facilitée même par la France ou pas par la France importe peu en définitive. Oui, au risque de choquer, peu importe, surtout soixante-douze ans après la libération des camps ! Car qu'est-ce que la France après tout ? La France est un Hexagone, la France se veut parfois un roman national, la France peut être une « certaine idée », La France a pu être un empire, la France est une langue, une ou des cultures peu importe, mais la France est avant tout une abstraction derrière laquelle se cachent les français. La France, c'est, avant tout, des hommes et des femmes.

Et la déportation des français de confession juive comme de personnes de confession juive qui s'y étaient réfugiées croyant en la France, pays des droits de l'homme, a été rendue possible grâce à l'inhumanité, la petitesse, la médiocrité, la méchanceté, la jalousie ou encore la discipline aveugle et imbécile de beaucoup de ceux qu'on qualifiait alors de « bons français », vous savez ces gens qui écrivaient des lettres en les signant parfois et en oubliant de les signer souvent car, comme le disait Desproges, « C'est fou ce qu'il y a comme étourdis parmi les gens courageux ! ».

J'ai évoqué, il y a un instant, le génocide arménien. Contrairement à la Shoah, et même si cela n'enlève rien à son horreur factuelle, cette « première » n'avait pas été préparée idéologiquement, n'avait pas fait l'objet d'une planification industrielle, n'étaient peut-être pas allée si loin dans la négation de l'humanité d'être vivants. La bestialité, la volonté d'éradication de l'autre et de la moindre de ses traces étaient évidentes mais loin d'être aussi structurées.

Tout comme il serait vain de nier la collaboration d'un trop grand nombre de français, il serait trop simple de prétendre que le peuple allemand dans son ensemble ne savait pas. On peut comprendre que l'ambiance d'après-guerre, la menace soviétique, la nécessité de reconstruire un monde aient amené les gouvernants d'alors à minimiser le rôle des peuples. Mais, aujourd'hui, n'est-il pas temps de regarder la vérité en face :

•  Oui, trop nombreux parmi nos ascendants, en bons gaulois qu'ils pensaient être, se sont au mieux montrés lâches et au pire ont agi en véritables salauds,

•  Oui, nombre d'allemands et d'autrichiens ont partagé le rêve d'Hitler et de son III ème Reich, de son espace vital, de la pureté de sa race et autre délires qui ont été à l'origine des plus grandes atrocités.

Il nous appartient, à cette heure de reconnaitre ces faits :

•  Parce que le temps a passé et que les « vaincus » pourraient tenter, chaque jour davantage, de réécrire l'Histoire,

•  Parce que, et pas seulement au fin fond de la Prusse, la bête immonde se réveille, la haine se banalise. En banlieue parisienne, on défenestre une juive parce qu'elle est juive. Au Caire on massacre des chrétiens parce qu'ils sont chrétiens, En Turquie, certains rêvent de la moindre occasion pour réserver aux kurdes le sort que leurs arrières grands-parents offrirent aux arméniens. Ici même, certains élus du peuple, persuadés de leur impunité, n'hésitent pas à faire commerce d'ouvrages interdits.

•  Parce que la reconnaissance de l'évidence, l'acceptation des faits dans toute leur violente simplicité seront assurément un moyen supplémentaire de maintenir intact le souvenir, non pour le souvenir lui-même mais pour le sens qu'il donne à la vie, pour les sens qu'il doit donner au futur d'autant plus que viendra un temps où les témoins directs ne seront plus à nos côtés pour nous accompagner ; le devoir de mémoire, d'une mémoire en action, sera alors encore plus impérieux.

•  Parce que nous pourrons, tous, regarder avec plus de lucidité, ceux qui, de nos jours encore et au nom de principes dévoyés, veulent laisser faire, ferment les yeux et se font ainsi, avec une lâcheté que leur ancêtres n'auraient pas reniée, les partisans béats d'une paix illusoire face à la menace terroriste.

•  Se souvenir c'est comprendre que, fondamentalement, nazisme noir et radicalisme vert reviennent au même !

Car c'est là que je vois tout le sens de Yom Ha Shoah… « Rien n'est plus vivant qu'un souvenir » disait Fédérico Garcia Lorca.

« Dieu empli de Miséricorde résidant dans les hauteurs

Accorde le juste repos

sous les ailes de la Présence Divine

parmi les saints et les purs

qui brillent comme la splendeur du firmament,

à toutes les âmes des six millions de Juifs

des six millions de Juifs

disparus de la Shoah d'Europe… »

MARCHE DES VIVANTS

 

 

1988-2013

Depuis 25 ans, La Marche des Vivants, une marche pour la Mémoire, pour l'Histoire, pour la Vie !

Depuis 1988 , la Marche des Vivants permet à des milliers de jeunes du monde entier de fouler les lieux de Mémoire en Pologne, dans le cadre d'un séjour éducatif de plusieurs jours. Chaque année entre 8 et 9000 personnes, se souviennent avec émotion et s'engagent avec détermination. Parmi eux plus de 750 venus de France. Nul ne peut contester la force de ce programme dans cette rencontre internationale avec la Mémoire et l'Histoire.

Après des mois de préparation et de réflexion, des jeunes accompagnés de guides, d'historiens, d'éducateurs, mais aussi et surtout de rescapés de l'enfer de la Shoah, effectuent une Marche où la Vie est le maitre-mot.

La Marche 2013 sera exceptionnelle car nous marquerons, ensemble, le 25ème anniversaire de la Marche.

Soyez des nôtres, pour ce véritable défi à l'oubli et à la négation de cette terrible horreur qui fût !