La
Cacherout, (de la racine kacher = valable) désigne
l'ensemble des règles alimentaires juives.
Ces règles se trouvent mentionnées
dans la Torah et sont développées
dans la Tradition orale, le Talmud.
Les
domaines de la Cacherout sont :
.
Le choix des animaux.
. L'interdiction de mélanger le lait
et la viande.
. L'interdiction de consommer le sang.
. L'interdiction de consommer certains fruits
ou légumes dans certaines circonstances.
. Les règles concernant les ustensiles.
Les
raisons qui justifient ces pratiques ne sont
pas à chercher dans l'hygiène
alimentaire (bien qu'il soit évident
que ce principe est inclus dans la cacherout),
mais dans la volonté du fidèle
de mettre son corps et sa volonté au
service de l'Eternel. C'est pourquoi on peut
parler de la Cacherout comme d'une « diète
éthique ».
Attention
: Il faut faire la différence entre cacher
et cachériser :
. Cacher : un aliment qui correspond aux normes
de la halakha (la loi juive)
. Cachériser : action de retirer le sang
d'une viande par procédé de salage
ou de grillage.
Le veau par exemple est Cacher, mais on ne le
consommera que lorsqu'on l'aura cachérisé.
Sommaire

SOURCES
BIBLIQUES
«
Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait
de sa mère »
(Exode chémoth XXIII, 19.)
«
Et vous ne consommerez pas le sang dans toutes
vos demeures, ni de l'oiseau, ni de l'animal
terrestre. »
(Lévitique vayikra VII)
«
L'Éternel parla à Moïse et
à Aaron, en ces termes:
Parlez aux enfants d'Israël, et dites-leur:
Voici les animaux que vous mangerez parmi toutes
les animaux qui sont sur la terre. Vous mangerez
de tout animal qui a le sabot fendu, le pied
fourchu, et qui rumine. Mais vous ne mangerez
pas de ceux qui ruminent seulement, ou qui ont
le sabot fendu seulement.
Ainsi, vous ne mangerez pas le chameau, qui
rumine, mais qui n'a pas le sabot fendu : vous
le regarderez comme impur.
Vous ne mangerez pas le daman, qui rumine, mais
qui n'a pas le sabot fendu : vous le regarderez
comme impur.
Vous ne mangerez pas le lièvre, qui rumine,
mais qui n'a pas le sabot fendu: vous le regarderez
comme impur.
Vous ne mangerez pas le porc, qui a le sabot
fendu et le pied fourchu, mais qui ne rumine
pas : vous le regarderez comme impur.
Vous ne mangerez pas de leur chair, et vous
ne toucherez pas leurs cadavres : vous les regarderez
comme impurs.
Voici
les animaux que vous mangerez parmi tous ceux
qui sont dans les eaux. Vous mangerez de tous
ceux qui ont des nageoires et des écailles,
et qui sont dans les eaux, soit dans les mers,
soit dans les rivières.
Mais vous aurez en abomination tous ceux qui
n'ont pas des nageoires et des écailles,
parmi tout ce qui se meut dans les eaux et tout
ce qui est vivant dans les eaux, soit dans les
mers, soit dans les rivières. Vous les
aurez en abomination, vous ne mangerez pas de
leur chair, et vous aurez en abomination leurs
cadavres. Vous aurez en abomination tous ceux
qui, dans les eaux, n'ont pas des nageoires
et des écailles.
Voici,
parmi les oiseaux, ceux que vous aurez en abomination,
et dont on ne mangera pas : l'aigle, l'orfraie
et l'aigle de mer; le milan, l'autour et ce
qui est de son espèce;le corbeau et toutes
ses espèces;l'autruche, le hibou, la
mouette, l'épervier et ce qui est de
son espèce; le chat-huant, le plongeon
et la chouette; le cygne, le pélican
et le cormoran ; la cigogne, le héron
et ce qui est de son espèce, la huppe
et la chauve-souris. Vous aurez en abomination
tout reptile qui vole et qui marche sur quatre
pieds. Mais, parmi tous les reptiles qui volent
et qui marchent sur quatre pieds, vous mangerez
ceux qui ont des jambes au-dessus de leurs pieds,
pour sauter sur la terre. Voici ceux que vous
mangerez: la sauterelle, le solam, le hargol
et le hagab (animaux inconnus aujourd’hui),
selon leurs espèces.
Vous
aurez en abomination tous les autres reptiles
qui volent et qui ont quatre pieds. Ils vous
rendront impurs: quiconque touchera leurs corps
morts sera impur jusqu'au soir, et quiconque
portera leurs corps morts lavera ses vêtements
et sera impur jusqu'au soir. Vous regarderez
comme impur tout animal qui a le sabot fendu,
mais qui n'a pas le pied fourchu et qui ne rumine
pas: quiconque le touchera sera impur. Vous
regarderez comme impurs tous ceux des animaux
à quatre pieds qui marchent sur leurs
pattes: quiconque touchera leurs corps morts
sera impur jusqu'au soir, et quiconque portera
leurs corps morts lavera ses vêtements
et sera impur jusqu'au soir. Vous les regarderez
comme impurs. Voici, parmi les animaux qui rampent
sur la terre, ceux que vous regarderez comme
impurs: la taupe, la souris et le lézard,
selon leurs espèces; le hérisson,
la grenouille, la tortue, le limaçon
et le caméléon. Vous les regarderez
comme impurs parmi tous les reptiles: quiconque
touchera leurs cadavres sera impur jusqu'au
soir. »
(Lévitique vayikra XI)
«
Je suis l'Eternel qui vous ai distingués
des peuples, et vous distinguerez entre la bête
pure et impure et entre l'oiseau pur et impur
et vous ne souillerez pas vos personnes par
des bêtes, des oiseaux ou des rampants
que J'ai distingué pour l'impureté,
et vous serez saints pour Moi, car saint Je
suis l'Eternel et Je vous ai distingué
pour être à Moi. »
(Lévitique vayikra XX)
Sommaire

HISTOIRE
DE LA CACHEROUT
Adam
et le fruit interdit
Ainsi Adam reçoit-il comme commandements
: « Croissez et multipliez » et
« de tous les arbres du jardin tu mangeras,
mais l’arbre de la connaissance du bien
et mal, tu ne mangeras pas ». La reproduction
et la nourriture sont les actes les plus naturels
puisque nécessaires à la survie
de l’espèce, mais ici ils sont
élevés au rang de mitsva. Parmi
tout ce qui est possible de consommer par l’homme,
Hachem met une restriction sur l’arbre
de la connaissance du bien et mal. La conscience
morale naît quand l’homme est capable
de se refuser ce qui lui naturellement licite.
Par-là, il se distingue catégoriquement
de l’animal qui, mu uniquement par son
instinct, ne connaît pas ce genre de conduite.
Tel
est le sens de la réponse que le père
donne au fils sage, le soir de Pessah. Au «
Quel est le sens des lois de témoignage,
des décrets et des lois sociales mentionnées
dans la Torah ? », le père répond
: « On ne mange plus après l’afikomane
(ce morceau de matsa consommé après
le repas, qui symbolise l’agneau pascal
et qui marque la fin de toute consommation jusqu’au
lendemain). La réponse paraît étrange
face à la question. En fait, le père
répond de façon globale : «
Mon fils si tu veux saisir le sens des commandements
(taamé hamitsvoth), il suffit de comprendre
le sens de l’afikomane : mettre une limite
à son appétit de vivre, à
sa jouissance totalitaire. La limite permet
de se situer par rapport à Hachem qui
a donné l’ordre, mais également
par rapport au prochain qui lui aussi à
son propre appétit de vivre.
Noé
et la viande
Avec Noé, une nouvelle étape est
franchie. En effet, Adam et ses descendants
sont reconnus comme végétariens.
Même après le renvoi du jardin
d’Eden, Adam doit manger le pain «
à la sueur de ses narines », la
chair n’est toujours pas consommée.
Après le Déluge, après
que les hommes eurent prouvé qu’ils
étaient capables de « s’entre-dévorer
», le Créateur offre une nouvelle
législation : « comme l’herbe
des champs, Je vous donne le tout (tous les
animaux) » (Gn. IX,3). Avec une restriction
cependant : l’interdiction d’arracher
le membre d’un animal vivant (cette restriction
fait partie des 7 lois de Noé qui concernent
toute l’humanité).
Ainsi
la consommation de la viande devient une tolérance
par rapport au projet initial du Créateur
qui souligne qu’Hachem préfère
des carnivores qui se respectent que des végétariens
violents.
Israël
et la Torah
En tant qu’Israël nous n’échappons
pas à la règle. Depuis la sortie
d’Egypte, date de naissance de notre identité
collective, nous avons reçu des lois
alimentaires spécifiques. Ainsi, juste
avant la dernière plaie, Hachem demande
de préparer un agneau pour le sacrifice,
sacrifice qu’il faudra consommer circoncis.
Aux premiers commandements de l’humanité
: « croissez et multipliez » et
« de tous les arbres du jardin tu mangeras,
mais l’arbre de la connaissance du bien
et mal, tu ne mangeras pas », répondent
ces deux premiers commandements d’Israël
liés à la sexualité et
la consommation.
Mais
c’est au Sinaï, que des règles
alimentaires plus détaillées seront
offertes, que l’on peut ainsi résumer
:
.
Le choix des animaux : mammifères ayant
le sabot fendu, poisson à écailles
et nageoires, oiseaux de basse-cour.
. Interdiction de mélanger le lait et
la viande.
.Interdiction de consommer le sang.
L’on
peut ajouter toutes les lois qui concernent
la terre d’Israël (comme les plantations
des trois premières années, les
lois concernant les pauvres, etc.).
Sommaire

SENS
GENERAL DE LA CACHEROUT
La
Torah ne donne aucune raison spécifique
aux règles alimentaires (pourquoi seuls
les mammifères ayant sabots fendus ?
Pourquoi le lait ou la viande (provenant d’animaux
licites évidemment) sont-ils permis alors
que leur mélange devient interdit ?).
Nous n’aurons jamais la réponse.
Il s’agit là d’un hok ou
décret divin. Bien sûr, cela ne
nous empêche pas d’essayer d’en
donner un sens moral, religieux, voire mystique.
Au fond, la Torah justifie de manière
globale ces règles à la fin de
la paracha « Chémini » :
«
Car Je suis l’Eternel votre Dieu, et vous
sanctifierez et vous serez saints, car saint
Je suis, et vous ne rendrez point impurs vos
âmes (nefech) par tout reptile rampant
sur terre. Car Je suis l’Eternel qui vous
ait fait monter du pays d’Egypte afin
d’être votre Dieu, et vous serez
saints, car saint Je suis. Voici l’enseignement
concernant l’animal et l’oiseau
et toute âme (nefech) vivante qui rampe
dans les eaux et toute âme qui pullulent
sur la terre. Afin de faire séparation
entre l’impur et le pur, entre l’animal
mangé et l’animal que tu ne mangeras
pas » (Lv. XI, 44 à 47).
La
raison invoquée est de soumettre l’instinct
animal de l’homme, ce que la Bible nomme
le nefech, le souffle, à la volonté
du Créateur. En d’autres termes,
la seule justification est le service désintéressé
de l’Eternel. Monter du pays d’
« Egypte », dont le nom signifie
en hébreu « double fermeture »,
implique de sortir du culte des forces de la
nature, et de passer au service d’Hachem.
Cette distinction d’Israël, souvent
objet de critique des antisémites, n’a
nullement pour fonction de mépriser le
reste de l’humanité, mais bien
au contraire de rappeler à la communauté
d’Israël son rôle de témoin
d’Hachem aux yeux des nations. Cela passe
aussi par l’assiette.
Sommaire

CIRCUIT
DE DISTRIBUTION DE LA VIANDE CACHER
1
- Choix des animaux :
Animaux
terrestres : Mammifères ruminants ayant
les sabots fendus, qu'il soit domestique ou
sauvage comme le chevreuil, le daim, la girafe,
etc. (L'absence d'un seul signe invalide l'animal.)
Animaux
marins : Poissons possédant écailles
et nageoires (L'absence d'un seul signe invalide
l'animal. Exclus également les crustacés,
les mollusques, etc.)
Volatiles
: Les oiseaux de basse-cour. Principe halakhique,
ce qui sort du pur est pur, ce qui sort de l'impur
est impur (par exemple l’oeuf d'autruche
est interdit comme l'autruche.)
2-
Mode d'abattage :
Pour
les poissons : la sortie de l'eau est suffisante.
Pour
les animaux terrestres ou les oiseaux : il faut
précéder à la chéhita
ou jugulation qui consiste à trancher
la majorité de l’oesophage et de
la trachée artère avec un couteau
effilé. Le choheth ou abatteur rituel,
mandaté par le Consistoire, possède
une technique parfaite ainsi qu'une connaissance
anatomique de l'animal.
Le but de la chéhita, tant décriée
par les associations de défense des animaux,
est de ne pas faire souffrir l'animal, puisque
la jugulation vide instantanément le
cerveau de son sang et donc supprime toute douleur.
Les
bêtes sont abattues dans les abattoirs
nationaux. Le choheth (sacrificateur) qui possède
un droit d'abattage est assisté d'un
machgiah (surveillant) qui surveille le circuit
de la viande dans la chaîne de découpage
depuis l'abattage jusqu'au transport dans les
boucheries cacher. A chaque étape, il
pose un signe sur la viande pour ne pas la perdre
dans le circuit des viandes.
3
- Statut de la viande.
Après
l'abattage, la viande peut avoir plusieurs statuts
:
.
Taref : (Déchiré), l'abattage
est raté ou la viande révèle
des anormalités internes
. Cacher : L'intérieur de la bête
est correct, mais le poumon présente
une perforation si la plèvre n'est pas
percée, l'animal est déclaré
Cacher.
. Halak (ou glatt) : Le poumon est sans défaut,
il est lisse.
Remarques
: En général, les séfarades
consomment le halak selon l'opinion du rabbi
Yossef Caro. Le halak n'existe que pour le gros
bétail. Dire que le veau, le poulet ou
des biscuits sont glatt cacher est un abus de
langage.
4 -
Dans les boucheries
Le
service le plus prenant est sans nul doute celui
de la Cacherout. Il nécessite une attention
et une vigilance constante et une organisation
sans faille afin d'approvisionner les commerçants
cachers et de garantir en permanence le respect
des règles rituelles.
Le Consistoire de Nice, à travers ses
services administratifs et religieux, contrôle
donc les boucheries qui vendent de la viande
cacher.
Le boucher peut vendre la viande fraîche
à la coupe, à l'acheteur de cachériser
la viande ou alors vendre la viande déjà
cachérisée (se renseigner).
Les
merguez, les charcuteries, les congelés,
les produits sous cellophane sont déjà
cachérisés.
Le
secteur de la Cacherout s'est considérablement
développé ces dernières
années et atteint aujourd'hui une taille
fort appréciable. Une équipe étoffé
et compétente avec trois chohatim (sacrificateurs)
et dix chomerin (surveillants) s'investit tous
les jours pour approvisionner et contrôler
les nombreux commerces cacher de notre région
ainsi que les usines de fabrication de produits
cacher.
OUVRAGES DE REFERENCE
Gilles
Bernheim : Un rabbin dans la cité
Ed. Calmann-Levy
Ernest
Gugenheïm :
Le judaïsme dans la vie quotidienne Ed.
Albin Michel.
Gérard
Haddad :
Manger le livre Ed. Grasset
Philippe
Haddad :
La Kacherout ou la diète éthique
Ed. Biblieurope
Isthak
Yossef :
Issour veeter (en hébreu). Yéchiva
Or vaderekh.